© 2018, Justine Bonamy - Psychologue clinicienne

Dis moi quelle thérapie tu pratiques je te dirai qui tu es,ou la guerre des chapelles en psychologie

Mis à jour : 8 avril 2018


Thérapies psychanalytiques, cognitivo-comportementales et émotionnelles, humanistes et existentielles, systémiques et familiales... Pour les patients, il est souvent difficile de se repérer parmi tout ce charabia et de comprendre les enjeux qui animent certains psychologues, décidés à mener de réelles croisades.

Le temps n'est plus à l'affrontement ou à la rivalité, mais à la complémentarité des pratiques. Les temps ne sont plus à la rupture, à la coupure mais à la mise en lien des différents modèles !


Je vais tenter de résumer en quelques lignes les spécificités de chacun de ces courants. Il est important de garder à l'esprit qu'il existe des modèles explicatifs ou "étiopathogéniques" (que le psychologue utilise pour poser des hypothèses du fonctionnement psychique, qui étudient la cause ou le "pourquoi je vais mal') et des modèles dits "psychothérapeutiques" qui donnent des outils, des techniques à appliquer lors des consultations (qui répondent à la question "comment aller mieux?").


Les 4 grandes approches en psychologie clinique :


- l'approche psychanalytique considèrent les troubles psychiques comme étant le produit de conflits inconscients. La personne peut retrouver un équilibre psychique lorsqu’elle a accès à ces conflits et qu’elle réussit à les résoudre, en permettant aux mécanismes refoulés d’émerger à la conscience.

Pour atteindre cet objectif, le patient doit surmonter des résistances, des mécanismes de défense. Un élément essentiel est l’association libre : le patient dit tout ce qui lui passe par l’esprit. Il s’agit du contenu manifeste, dont le psychanalyste va décoder le contenu latent inconscient, en proposant des interprétations. Une dimension essentielle de la thérapie est le transfert du patient sur son analyste, par lequel l’individu reporte sur le thérapeute des sentiments (amour, haine, jalousie...) qu’il ressent en fait pour une personne importante à ses yeux (souvent l’un des parents). L’analyse de ces projections facilite la prise de conscience des conflits inconscients.


- l'approche cognitivo-comportementale est issue des théories de l'apprentissage et s'appuie sur la méthodologie scientifique expérimentale: il s'agit de mettre à l'épreuve de l'expérience les théories développées et de démontrer l'efficacité d'un protocole d'intervention.

Les thérapies cognitivo-comportementales interviennent sur les pensées, les émotions et les comportements qui sont tous en interrelation.  L'objectif est de modifier les pensées automatiques irrationnelles, de les remettre en question et de remplacer les comportements inadaptés par des comportements plus salutaires, qui entraînent moins de souffrance.

Elles permettent au patient de garder le contrôle, de mettre à distance et d'analyser des processus activés de façon automatique.

Les thérapies cogntivo-comportementales sont des thérapies directives, qui propose une participation active de la personne dans la résolution de ses difficultés et qui travailler sur le problème soumis par la personne, dans l'ici et maintenant, en accordant une place très réduite à la recherche des causes et l'histoire des troubles, même si ces deux dimensions sont abordées lors de la thérapie.


- l'approche systémique et familiale prend en considération le système dans lequel évolue la personne. Elle se différencie des approches classiques, qui travaille uniquement avec l'individu de manière isolée. La thérapie systémique et familiale inclut tout le système familial, l'ensemble des relations, des forces de maintien, de communication et d'interdépendance qui unissent les membres de la famille.

Intervenir efficacement dans une situation donnée doit donc se faire en prenant en compte tout le système interrelié, et pas uniquement les personnes prises séparément.

Lorsqu'une personne souffre dans une famille, elle incarne en réalité le symptôme familial. On parle alors du patient désigné, celui que la famille montre en indiquant que c'est lui qui va mal.


-l'approche humaniste et existentielle s'appuie sur l'idée que chaque être humain a les capacités d’être autonome, de se développer, de réaliser son potentiel et de s'épanouir lorsqu’il est dans des conditions de confiance et de respect. Cette approche postule également que le patient est capable de comprendre ses difficultés, trouver ses solutions et y apporter lui-même les changements appropriés.

Les thérapies humanistes considèrent que les personnes sont libres de leur choix et c'est l'expérience, les perceptions, la façon d'être qui sont au centre de la thérapie. Elle vise l’identification et l’utilisation des ressources internes afin d'atteindre le développement optimal de soi, le courage de se dépasser ainsi que la responsabilité et la liberté face à ses choix.

La psychothérapie est centrée sur le présent et la relation patient-psychologue est égalitaire, non directive. Le psychologue est un facilitateur, un accompagnateur du patient dans son évolution, dans son développement personnel interrompu.

La relation thérapeutique est le principal outil de changement pour vivre une expérience nouvelle correctrice.


Pour aller plus loin : les dernières études (Wampold, 2015) montrent qu'au delà de la technicité, de la thérapie pratiquée, des outils utilisés, c'est la relation avec le psychologue qui est le facteur explicatif majoritaire du mieux-être chez le patient.


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Bibliographie :

Bachelart, M. (2017). L’approche intégrative en psychothérapie, Anti-manuel à l’usage des thérapeutes. Paris, France : ESF Sciences Humaines.


Besses, R. (2005). Territoires de la psychologie et identité du psychologue : des questions épistémologiques aux problèmes de la pratique à l’école. Penser la psychologie. Bulletin de psychologie, 58(3), 387-389. doi: 10.3917/bupsy.477.0387.


Wampold, B. E. (2015). How important are the common factors in psychotherapt ?. World psychiatry, 14(3), 270-277. doi: 10.1002/wps.20238.





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